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29.04.2008
Le Pont du Gard 5
L’écrivain, qui c’est le plus étendu à propos du Pont du Gard, est semble- t-il, Stendhal dans les « Mémoires d’un touriste » où il écrit en date du (écrit le 03 août 1838) :
« J'ai profité de la nuit et d'un clair de lune magnifique pour faire les cinq lieues qui séparent Nîmes du Pont du Gard. J'y suis arrivé plongé dans un profond sommeil, sur les cinq heures du matin. Le fidèle Joseph a renvoyé les chevaux à la poste de La Foux, située à un quart de lieue. Il a fait un feu de bivouac et un excellent café. Une chèvre du voisinage a fourni le lait. Vous savez que ce monument qui n'était qu'un simple aqueduc s'élève majestueusement au milieu de la plus profonde solitude.
C'est à peine si le Colisée à Rome m'a plongé dans une rêverie aussi profonde. Ces arcades que nous admirons faisaient parti de l'aqueduc de sept lieues qui conduisaient à Nîmes les eaux de la fontaine d'Eure ; il fallait leur faire traverser une vallée étroite et profonde : de là le monument. On y trouve aucune apparence de luxe et d'ornement : les Romains faisaient de ces choses étonnantes, non pour inspirer l'admiration, mais simplement et quand elles étaient utiles. L'idée éminemment moderne de l'arrangement pour faire de l'effet est rejetée l'âme du spectateur, et si l'on songe à cette manie, c'est pour la mépriser. L'âme est remplie de sentiments qu'elle n'ose raconter, bien loin de les exagérer. Les passions vraies ont leur pudeur. Trois rangs d'arcades en plein cintre, d'ordre toscan et élevées les unes au-dessus des autres, forment cette grande masse qui a six cent pieds d'étendue sur cent soixante de hauteur. Le premier rang qui occupe tout le fond de l'étroite vallée n'est composé que de six arcades. Le second plus élevé trouve la vallée plus large et a onze arcades. Le troisième rang est formé de trente cinq petits arcs forts bas ; il fut destiné à atteindre juste au niveau de l'eau. Il a la même longueur que le second et porte immédiatement le canal, lequel a six pieds de large et six pieds de profondeur. Je ne tenterai pas de faire des phrases sur un monument sublime, dont il faut voir une estampe non pour en sentir la beauté, mais pour en comprendre la forme d'ailleurs fort simple et exactement calculé sur l'utilité.
Par bonheur pour le plaisir du voyageur né pour les arts, de quelque côté que sa vue s'étende, elle ne rencontre aucune trace d'habitation, aucune apparence de culture : le thym, la lavande sauvage, le genévrier, seules productions de ce désert exhalent leurs parfums solitaires sous un ciel d'une sérénité éblouissante. L'âme est laissée toute entière à elle-même, et l'attention est ramenée forcément à cet ouvrage du peuple-roi qu'on a sous les yeux. Ce monument doit agir, ce me semble, comme une musique sublime, c'est un événement pour quelques cœurs d'élite, les autres rêvent avec admiration à l'argent qu'il a dû coûter. Comme la plupart des monuments des Romains, le Pont du Gard est construit en pierres de taille, posées à sec et sans mortier, ni ciment. Les parois de l'aqueduc sont enduites d'un ciment qui se conserve encore. Une fois, j'ai eu le loisir de suivre cet aqueduc dans les montagnes. Il se divise en trois branches, et le guide me fit suivre ses traces dans une longueur de près de trois lieues ; le conduit étant souterrain a été mieux conservé.
Le Gardon passe sous le Pont du Gard ; et comme souvent il n'est pas guéable, les états généraux du Languedoc firent bâtir en 1747, un pont adossé à l'aqueduc. Au XVIIe siècle, on avait essayé de rendre praticable aux voitures le dessus de la seconde rangée d'arcades. On arrive à l'aqueduc proprement dit, supporté par trois arcades en gravissant l'escarpement qui borde la rive droite du Gardon. »
19:05 Publié dans Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pont du Gard, Tourisme, Monument romain, Remoulins, culture





